加 油 !! (Jia You - Mets les gaz!!)

"Jia you" dont la traduction litterale serait "rajoute du fuel" est la première expression que nous ont appris les grimpeurs pékinois. Elle était lancée en encouragement lorsqu'un grimpeur était dans un passage difficile. Ca nous a été utile de savoir cela pour comprendre les encouragements dans les cols tibétains qui vont suivre. Dès la sortie de Xiahe nous en attaquons un, sous la neige et le regard incrédule des gérants de


l'auberge que nous quittons. Très vite, nous croisons des troupeaux de yacks au grand bonheur d'Amélie car nous craignions de les avoir définitivement loupés depuis la Mongolie. Ils ont beau être énormes, couverts de laine et armés de grosses cornes, ce sont de gros pleutres! Pas moyen de s'approcher pour une photo... Tant pis. Avec l'altitude, la neige commence à tenir et nous passons le col sur une route couverte de glace. Il fait froid, nos pieds et nos doigts nous le font bien sentir. On commence a se demander si c'est vraiment une bonne idée d'entamer le plateau tibétain en novembre et sous la neige... Ce soir-là, transis de froid, on finit par demander l'hospitalité car camper n'est pas possible et il n'y a pas d'hôtel alentours. Gros coup de chance, nous dormirons dans une maison typique de la région avec une pièce rien que pour nous pendant qu'il tombe 10 bons cm de neige fraîche. Le rdc est une grange/remise, l'habitat est à l'étage. C'est une véranda avec trois pièces en bois, armées chacune de leur poêle. Devant, il y a une grande terrasse avec un muret de 50cm de haut qui cache un trou... Les toilettes bien sur! Ici, pas d'intimité. Quand tu t'accroupis, les voisins te voient encore et c'est synchro avec la voisine que kris tente de faire comme si tout était normal...

Nous faisons notre vie dans la chambre avec un repas de nouilles quand nos hôtes nous invitent à les rejoindre dans la pièce chauffée. On se retrouve avec 5 hommes dont 2 ados et une femme qui semble être la maîtresse de maison et prépare silencieusement le repas pour tout le monde (notamment des pâtes qu'elle a préparé sous nos yeux). Nos trois mots de chinois et nos moyens de communication sont vains. Ici, on parle tibétain. Alors on recommence à apprendre le kit de survie : les chiffres de 1 à 10, les dizaines, bonjour, merci, au revoir... Ça n'a rien a voir avec le chinois et c'est difficilement prononçable... Ils nous regardent comme des Aliens sans être capables ou sans oser formuler de questions. C'est frustrant pour tout le monde. Leur maison a l'air neuve mais une seule pièce est chauffée et meublée...pourtant ils arborent des iphones 5 et autres smartphones. Ce décalage nous surprendra souvent car nous croisons des gens qui vivent dans un certain dénuement et qui pourtant ont des smartphones flambant neuf ou des équipements Hi-Fi surprenants.


Si le soir nous passons le repas car nous avions déjà mangé (on loupe le boudin de yack tout de même), le matin nous avons droit a la tsampa. Du beurre de yack dans de l'eau chaude auquel on ajoute quelques grains concassés ainsi qu'une farine grise (on saura plus tard que c'est de la farine d'orge grillée, aliment traditionnel des tibétains) jusqu'à obtenir une pâte genre pâte à tarte crue que l'on mange avec les doigt. C'est pas mauvais et très nutritif mais ça nous a mis l'estomac à l'envers pour plusieurs heures. Nous leur faisons le spectacle du chargement des vélos et nous partons sous un soleil enfin radieux. Ils nous ont bien sauvé la mise.

Nous pensions bénéficier plus longtemps de notre montée de la veille. Que nenni! Ça monte et ça descend en permanence, ce sont les montagne Russes en Chine... Nous ne sommes pourtant pas en peine, les paysages se dévoilent pour notre plus grand plaisir et ce qui était une ombre derrière les nuages hier est une splendide montagne saupoudrée de neige aujourd'hui. Nous passons un nouveau col à 3800m. Nos corps s'habituent à l'altitude dans cette nouvelle vallée (on ne voit plus d'étoiles quand on se relève maintenant) et nous faisons des réserves pour pouvoir camper au pied de la plus belle montagne du coin. Cette nuit mérite aussi d'être contée. Trop content d'avoir planté notre tente dans un paysage magnifique, nous refusons crânement l'invitation à dormir qui nous est offerte. On s'en mordra les doigts quand,la nuit tombée, le chien de garde du troupeau aperçoit notre campement et passe bien trop longtemps à nous aboyer dessus avec un air féroce, à faire le tour de la tente en grognant méchamment et à gratter le sol là ou Amelie a fait pipi (vraiment près de la tente, elle le regrette encore). Figés de peur, nous ne faisons pas un bruit pendant ces très longues minutes. On n'a que trop conscience que notre unique protection est un bout de tissu vert dont seule la forme tient le chien à distance. C'est peu pour s'endormir confortablement, d'autant qu'il recommencera son manège encore deux fois dans la nuit. Au matin, refroidis par l'expérience, nous partons vite à l'assaut du col suivant. Encore une dure journée de paysages incomparables. Au fond de la vallée, une rivière fait méandres sur méandres. Comme nous, elle fait des détours et prend son temps pour avancer. Ce jour là, émerveillés, nous faisons un panorama dans la première vallée. Ce sera la moins jolie de toutes celles à venir... Pour plusieurs jours.




Les yacks, les tenues, la langue, les paysages, la religion, les drapeaux à prières un peu partout... Nous sommes dans un tout autre monde dont nous avions beaucoup rêvés ! Nous quittons enfin la "grosse" route où nous nous faisons bien trop klaxonner et, au détour d'une falaise de grès à faire blêmir un grimpeur, dans un florilège de drapeaux à prières, nous rentrons dans Langmusi. Encore une ville touristique où se trouve un monastère important. Heureusement, nous sommes hors saison et entrons gratuitement dans le monastère. Il n'y a pas grand monde et les gens que nous croisons ne nous toisent pas comme des touristes. C'est agréable. Un grand tour pour voir les paysages alentours (le "calvaire" local est un genre de fagot d'immenses flèches fichées dans le sol face à la montagne) et retour par les temples aux toits fraichement renovés en tôle dorée. Sans les chercher, nous auront droit ici aux chants bouddhistes.


La ville a ceci de particulier qu'elle a un quartier bouddhiste, un quartier musulman et un quartier chinois (non ce n'est pas une religion mais c'est tout comme). En errant dans ses ruelles, nous trouvons pour dîner le rade le plus petit possible et devenons vite le centre d'intérêt des hommes qui y mangent. On a l'habitude maintenant et là c'est plutôt chaleureux. Le godet de Bai Jiu (l'alcool blanc chinois), même bu à deux,nous monte a la tête. Nous sommes sevrés de l'alcool apparemment. Par la nourriture, surtout le poivre du Sichuan très présent,nous découvrons que nous avons changé de province. Ce poivre crée une sorte d'anesthésie dans la bouche accompagnée d'une sensation de réaction allergique et du picotement du piment, lui aussi très présent dans le plat. Un nouvel univers gustatif devant nous! On en avait gouté auparavant, nous en aurons à foison ces prochains temps pour notre grand plaisir.


Au matin nous aurons environ 50m d'échauffement avant de commencer le col. Nous les mettons à profit pour mettre dans les sacoches des fruits et surtout du pain au sucre et au safran. Mélange surprenant mais délicieux. Le col est raide, c'est de la piste, mais hors des grands axes, l'absence de fils électrique et de voiture sublime le tout. C'est le gros lâchage de paysage, la folie, le feu d'artifice. En trois heures, nous parcourons 7km tellement nous nous arrêtons pour contempler le paysage. On ne regrette pas d'être sorti de la grosse route même si l'on peine un peu plus.




Et puis en haut d'une côte, au sortir d'un tunnel, c'est soudainement plat! Vraiment très plat. Sur notre carte, il est marqué "wetlands" et le changement est radical autant qu'inattendu. Difficile d'imaginer qu'en été ce paysage est verdoyant. En novembre, ce sont des étendues d'herbes séchées plutôt désertiques entourées de collines pelées. D'ailleurs peu avant de se poser ce soir-là, en haut d'une de ces collines, nous apercevons deux animaux que nous prenons pour des chiens, mais leur démarche ôte vite le doute. Ce sont des loups. Même si on ne risque rien d'eux, on va dormir un peu plus loin quand meme. Encore un super spot! Celui ci est au milieu d'un espace très degagé mais, comme tous les soirs depuis le début du Tibet, dès la disparition du soleil, la température chute drastiquement et nous nous réfugions vite dans les plumes de nos duvet, à l'abri, précaire mais rassurant, de notre tente. Au matin, comme souvent, la casserole d'eau pour le thé est un bloc de glace qu'il faut faire fondre.


Le plateau s'étire en une large vallée. Nous retrouvons un cours d'eau aux mille méandres.


La couverture chauffante, merveilleux objet qui équipe les lits de l'auberge de Zhuokeji, nous oblige à rester 24h de plus que prévu, les pieds au chaud (parfait pour l'angelure d'Amélie). C'est aussi une forme de procrastination devant l'étape à venir. De ce charmant village tibétain aux maisons typiques en pierre grise decorées à la chaux et aux boiseries multicolores, commence la route d'un col qui nous emmènera de 2700m à 4114m (selon le panneau d'arrivée) en 28km. 5℅ de moyenne... Autant dire qu'on en a bavé.


Les drapeaux de prière annonçant le col nous accueillent dans un paysage somptueux mais surtout annoncent la descente de 40km de l'autre côté ! Un pur régal de cycliste, tellement qu'on en oublie de chercher un spot pour la nuit avant d'arriver en zone habitée et cultivée. Ici chaque m² horizontale (ou pas!) est occupé... Nous déplions le camp dans un coin de champ en jachère, et a peine installés, une habitante arrive et insiste pour que l'on vienne dormir au chaud chez elle. L'idée ne nous emballe pas, on vient de s'installer "au chaud" dans notre confort sommaire mais confort quand même. On a la flemme de replier dans le froid ce que l'on vient d'installer. Amélie en oublie sa béquille de vélo qui s'était cassée au matin. Tant pis. Finalement cette dame nous accueille chaleureusement autour de son poêle a bois dans une cuisine d'un autre temps. Elle nous prépare à nous et son mari un copieux repas de riz, choux mariné maison et viande poêlée dans le grand wok du poêle. La "conversation" est difficile mais motivée des deux côtés. Preuve qu'on ne comprend pas tout, nous dormons dans des pièces séparées. Amélie avec la femme dans la chambre de ses filles à présent parties pour la ville, Kris seul dans le salon face a l'impressionnant et kitsch meuble - home cinéma rose bonbon qui détonne dans cette ferme aux murs noircis par la suie. Finalement, mis à part le gras en tranches dans le petit déjeuner (même repas qu'au soir), nous sommes très contents d'avoir été délogés la veille.


L'estomac bien vissé, nous faisons une bonne étape pour nous positionner au pied du prochain col. Redescendus à 2500m, nous retournons à 4114m. Bien que l'altitude soit "étonnamment" la même, il nous en coûtera bien plus pour atteindre ce fichu col. Bien sur, hors de question de faire demi tour, pourtant nous y pensons même 3km avant la fin alors que l'on voit le col mais que nos jambes ont complètement démissionné.



Encore une vue imprenable au col, au dessus des nuages. Plusieurs voitures s'arrêtent et nous faisons l'attraction pour ces touristes. Incrédules, ils nous regardent enfiler (presque tous) nos vêtements pour affronter la descente. Et quelle descente! La plus incroyable que l'on n'ait jamais fait. 45km de descente entre 40 et 50km/h non stop. Nous passons dans 3 vallées, d'au-dessus à en-dessous des nuages, de la montagne pelée à une forêt subtropicale verdoyante. Incroyable aussi par l'attention qu'elle exige. Le bitume lisse de la montée a fait place à des dalles de béton poussiéreuses dont les jonctions font vibrer nos vélos. La tension est à son comble quand nous passons sur un tronçon où la rembarde est dans le ravin, preuve que la montagne s'est effondrée sous le béton lord du dernier tremblement de terre. Nous ne savons pas sur quoi repose la route... Mais on ne cherche pas non plus à le savoir, on trace. Une descente sans fin. Un rêve de cycliste.


Quand nous relevons la tête pour chercher un spot, nous sommes un peu exigeants. Nous avons vu tellement d'endroits superbes dans la vallée précédente qu'on veut la même chose ici. Trop gourmands nous avançons et le terrain devient entièrement occupé par les humains. Nous atteignons un lac et, devant l'évidence qu'on ne trouvera rien, nous nous rabattons, épuisés, sur un hôtel un beau village tibétain, malheureusement transfiguré par le tourisme. Nous sommes dans une vallée qui fut magnifique avant l'arrivée des grands travaux chinois. Elle sera peut être belle après mais en attendant nous passons vraiment au mauvais moment. La route est détruite ou en cours de destruction (le béton est juste poussé dans le bas côté). Le lit de la rivière est régulièrement terrassé par des pelleteuses.



Dans toute la vallée, ça construit, ça bétonne. Chaque hameau résonne du bruit des travaux et cela va jusqu'à la montagne que l'on démonte bloc par bloc dans un incessant ballet de camions. La végétation est recouverte d'une couche de poussière et de boue qui bientôt nous recouvre à notre tour. Nous nous désolons devant cette vallée qui, avant ces travaux pharaoniques, devait être un havre de paix. On comprend le besoin de moderniser mais la construction d'une autoroute aérienne dont les piliers s'enfoncent dans la rivière et les villages et celle d'immeubles de 20 étages en grand nombre (vraiment beaucoup et tous vides pour le moment) semble aberrante. Nous passions dans cette vallée pour voir la réserve de panda indiquée sur notre carte. Elle est en devenir elle aussi... Les bâtiments sont de grosses coquilles encore vides et, sous les conseils des ouvriers, nous montons les escaliers en cours de construction dont les marches ne sont pas encore faites, il n'y a que les barreaux, pour aller... Nulle part, ça ne mène a rien du tout. 20 minutes de montée pour constater que ce n'est pas fini alors qu'on le voyait d'en bas. En plus des cuisses, on s'est flingué les mollets. Youhou... La seule chose positive sur ces deux jours désespérants est un hôtel a 40 yuans (6€) trouvé par hasard (on suivait l'odeur de nourriture) auprès d'un coiffeur fort aimable. Habituellement, nous ne sommes pas contents d'approcher des grandes villes, mais Ya'an, le lendemain, signifie alors la fin de la gadoue et des secousses. Cela signifie aussi la fin de l'aventure tibétaine qui nous a comblé au delà de nos espérances. Tellement, que nous l'avons compté ici quasiment jour par jour. Redescendus à 550m d'altitude, les températures sont a nouveau clémentes et nous aspirons au repos. Nous avons parcouru 1250km en 20 jours et le compteur affiche 8828km au total. Tout va pour le mieux.

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