The Christmas Countdown

Motivés par l'idée de suivre Fredrika jusqu'à la frontière Chine/Laos en moins de 10 jours, nous quittons l'hôtel bien plus tôt qu'à notre habitude. Ritzo, le Hollandais rencontré la veille, est là à nous regarder charger nos vélos et n'arrive pas à décider s'il se joint à nous ou pas. Ce n'est qu'au moment où tout est prêt qu'il se décide enfin et fait ses sacoches en un temps record. C'est donc à 4 que nous quittons Dali dans une espèce de course contre la montre de 1000km que nous nommons le "Christmas countdown" en référence à la chanson du groupe suédois Europe (mais si, vous la connaissez) qui ponctuera tout le trajet.

Fredrika souhaite atteindre le Laos pour Noël et rejoindre sa famille qui arrive de Suède le 27 décembre. Pour elle, pas question de quitter la Chine en transports pour être dans les temps, alors il faudra pousser sur les pédales. Faire un trait continu sans motorisation est quelque chose d'important pour les cyclistes et nous-mêmes en regrettons quelques-uns. Le challenge nous séduit, autant que l'idée de passer le sud du Yunnan un peu vite. Nous n'avons vu aucun point d'intérêt particulier. Tous les guides touristiques parlent des champs de thé, de café, de bananes, de riz, la jungle... Des paysages à traverser et découvrir chaque jour mais où s'arrêter n'est peut-être pas nécessaire.

Emportés par la motivation, nous achevons 120km le premier jour! Nous avons été bien aidés par un passage de col comme on en voudrait plus souvent : 25km de montée pour 70km en notre faveur. Une ville en fin d'étape nous permet un ravitaillement facile et trouver un campement pour 3 tentes se révèle plus facile que nous ne le craignions. Nous célébrons ce soir-là les 10 mois de route pour Ritzo en pensant que les étapes suivantes seront pareilles à celle-ci : pleines de jolis paysages sur des routes faciles...

Réveillés à l'aurore par Frederika surmotivée, nous sommes sur les vélos à 8h30! Le paysage est encore au rendez-vous, la route se fait plus vallonnée et la végétation se fait plus tropicale. Les touffes de bambous sont énormes à nos yeux. Nous mangeons vite fait sous une pagode en bord de route pour gagner du temps, nous sommes bien placés pour refaire le même score que la veille...

À moins qu'un glissement de terrain ne mette la moitié de la montagne sur la route et empêche toute circulation! Nous voilà bloqués par des travaux qui durent jusqu'au soir. Personne n'est énervé dans la foule de gens bloqués. Cela paraît normal et il suffit d'attendre, c'est tout. Ritzo improvise un show avec son vélo pour satisfaire la curiosité des badauds qui se massent autour de nous. Nous camperons sur place avec seulement 60 km au compteur.




Réveillés à l'aurore par Frederika surmotivée, nous sommes sur les vélos à 8h30! On tient à rattraper le retard et ça roule bien! Dans les champs apparaissent des espèces qui nous dépaysent sérieusement. Des bananes (qui se mangent petites et acides), des pamplemoussiers, de la canne à sucre et d'autres fruits encore dont nous ne connaissons pas les noms. Les échoppes sur les bords de route sont d'ailleurs d'excellentes occasions de goûter ces nouveautés. La meilleure découverte est la canne à sucre que l'on nous offre déjà épluchée. Il faut mâcher la chair pour avoir le jus puis recracher les fibres. Une découverte et un régal pour tous. Alors que l'on cherche un coin pour dormir, nous sommes à nouveau bloqués par un glissement de terrain sur la route! Nous prenons cela comme une tradition locale pour aider les petits commerces aux abords du glissement qui voient arriver chez eux la foule de gens bloqués en recherche de nourriture. Chercher un campement une fois la nuit tombée est le meilleur moyen de trouver un mauvais endroit. Sur un terrain en pente, coincés entre deux murs d'un monument publique, la police vient nous rendre une visite courtoise pour voir si nous avons besoin d'aide puis le voisin allume son karaoké et chante, fin saoul, jusqu'à 2h du matin. Enfin la pluie fait son apparition pour classer ce spot comme le second pire spot du voyage. Réveillés à l'aurore par Frederika surmotivée, nous sommes sur les vélos... Né dans un pays plat, Kris n'a jamais vu les côtes d'un bon œil. Avec Ritzo, ils regardent les camions ralentis par leur chargement comme des remontées mécaniques potentielles. Le transports de cailloux à l'air d'être une spécialité du Yunnan. Des rochers, des cailloux, du gravier, du sable, de la terre... Des tas de camions vont et viennent. Dans les côtes, ils vont à peine plus vite que nous. En s'accrochant à l'arrière, les gars s'épargnent quelques côtes que Fredrika et Amélie préfèrent monter courageusement à la force de leurs mollets (à moins qu'elles n'aient juste pas réussi à en attraper un ;) ). Nous faisons ce jour-là une autre chose que les cyclistes font rarement (quitte à se retrouver dans des galères incroyables) : demi tour. Sisi!



Engagés dans un chemin de boue (il pleut un peu), les fantômes de la Sibérie réapparaissent et nous considérons que le détour de 30km supplémentaires, même en côte, sera plus facile que la boue devant nous. L'humidité ambiante nous fait rouler dans les nuages. Plus rien n'est sec ni sur nous ni dans les sacs. Terrassés par la fatigue, nous nous effondrons à 20h30.


Réveillés à l'aurore par Frederika surmotivée... Le paysage est encore au rendez-vous. Aujourd'hui, si tout va bien, nous rattrapons le retard. Quelqu'un rigole peut-être encore de nous avoir entendu prononcer cela. La DDE chinoise (s'il y en a une) a débordé d'imagination pour tenter de nous couper la route. Des travaux, des engins, des ponts bloqués... À 12 reprises (on les a comptées!), nous sommes confrontés à un blocus différent et, souvent, il faut porter les vélos. À la fin de la journée, nous sommes tellement prêts à tout, que quand la carte annonce un pont, nous nous préparons à devoir nager pour passer.

Comme souvent les cyclistes, nous aimons particulièrement nous arrêter dans les marchés des villes et villages. Nous y trouvons les produits locaux qui varient de région en région mais surtout une ambiance particulière qu'on ne trouve pas ailleurs dans la ville. Les marchés chinois sont quotidiens, fréquentés et il y règne une activité intense qui nous plaît. On aime se promener et découvrir les fruits et légumes bizarres, voir les poissons sauter de leurs bassines, tester les petits gâteaux... Et simplement goûter à cette tranche de vie chinoise qu'on ne voit que là. Nous sommes aussi une attraction, à chaque fois que nous poussons nos vélos dans les allées, surtout à 4 avec de la boue plein les roues.



Ce jour la, à An´Ban, nous sommes surexcités par le stand de bao zi (dire 'baodze', des petits pains fourrés, cuits à la vapeur, nous avons des plaisirs simples) et le bruit que nous faisons attire les curieuses. Le fait qu'Amélie ait 20 mots de vocabulaire (donc 15 de plus que tout le monde) leur laisse imaginer qu'elle comprend le Chinois. Bientôt, les questions fusent et les appareils photos sortent. Nous jouons le jeu, essayons de comprendre ce qu'ils disent et prenons la pause avec plaisir. Pour nous 4, ce moment nous a conforté dans le choix du voyage à vélo qui permet ces rencontres fortuites dans des endroits inattendus. Après une longue route semée d'embuches, nous nous effondrons après avoir savouré un majestueux coucher de soleil sur une vallée du Yunnan et des champs en terrasse. Encore un des avantages du voyage à vélo.


Réveillés à l'aurore... Le paysage est encore au rendez-vous. Cette fois, on ne nous la fera pas : nous prenons la grosse route! Le Yunnan ne se laisse pas facilement traverser mais en retour nous offre des paysages d'une grande richesse. Nous sommes dans le Triangle d'Or : en un point nous passons à 15km du Myanmar, 40km du Viêt Nam et 2km du Mékong. Ici, se jouent les "50 nuances de vert".

Les champs en plateaux produisent tous les produits tropicaux dont nous rêvions. On s'émerveille devant les fleurs de bananiers, les flancs de collines couverts d'ananas, les champs en terrasse de thé et les caféiers qui poussent un peu partout...


Retrouver de la diversité dans les fruits et légumes frais est un bonheur autant qu'un risque. Amélie en fait les frais digestifs le soir au campement.









Et quand, au matin, Frederika arrive surmotivée, on lui fait comprendre qu'Amélie a besoin d'une pause et, qu'après tout, on en a tous un peu besoin. Pu'er s'impose comme la ville étape idéale. Un hôtel de base nous offre repos et douche tiède. Le soir, en cherchant un restaurant, un groupe nous invite à leur table. Les hommes sont déjà passablement alcoolisés et nous font boire. Ritzo ne se fait pas prier et repart dans une formidable improvisation dans le langage universel des gens qui boivent ensemble. Un maître en la matière, vraiment! Et pendant ce temps, les plats défilent sur la table et nous les dévorons. Une soirée incroyable, où le fait d'être à 4 ouvre des portes que l'on n'aurait pas vu à deux.

Etre en groupe change pas mal de choses et, en plus de nous marrer beaucoup, on apprend les uns des autres.



De son côté, Fredrika est la championne du "bonjour!". Avec Ritzo, ils sont passés plus ou moins par la route de la soie et les pays en "-stan"; des pays ou la tradition d'accueil est très présente, voire religieuse pour quelques-uns. Ils ont tellement vu d'enfants les saluer que c'est spontané maintenant. Nous nous mettons à la copier et c'est plaisant de voir les gens nous retourner nos 'Ni Hao!'. Elle nous apprend pas mal de petits trucs sur nos téléphones aussi. Elle a dix ans de moins que Kris et est née avec un smart phone dans les mains.







Dans l'autre sens, nous lui enseignons du vocabulaire chinois, lui faisons découvrir les plantes que l'on croise et qu'elle ne reconnaît pas (thé, café, canne à sucre, ananas...) des denrées "vitales" comme le beurre de cacahuète. Notre façon de "faire le ménage" qui consiste à retourner la tente plutôt que balayer à la main...

Ils nous racontent comment ça se passe, seul, en voyage, et nous racontons comment ça se passe à deux. Oui, il faut prendre sur soi quand on doit dormir dans une tente que Fredrika trouve petite pour elle seule. Les routines du voyage vont changer grâce à ces quelques jours de vélo ensemble et nous profitons aussi d'être un groupe pour faire des choses qui n'arriveraient pas seul ou à deux. Comme ce midi où l'on se fait inviter à manger par des ouvriers sur un chantier; ou ce soir où l'on fait mine de se prendre une pause thé en attendant que les cueilleurs quittent le champ pour poser nos tentes. Nous fêtons ce soir notre passage sous le Tropique du Cancer! Ouh Yeah!


Le paysage et les constructions changent relativement vite. La température s'adoucit et nous fêtons nos 10 000km dans une ambiance quasi tropicale, tout près de la "Vallée des éléphants sauvages" (mais quand même, en enclos pour les touristes).

10 000km et 6 mois. Ca fait travailler les méninges et on se pose beaucoup de questions. Cela fait parti du voyage.


Depuis deux ou trois jours, nous savions qu'on allait le faire... Et puis finalement on l'a fait! La frontière est là! Suite à une erreur de calcul dans les dates, nous avons même un jour d'avance et, cerise sur le gâteau, nous pouvons franchir la frontière sur nos vélos. Sans encombre nous passons au Laos, sous un soleil radieux. Kris se paye même le luxe de franchir la frontière en marchant, histoire d'être "arrivé à pied par la Chine" (un calembour graveleux qui le motive depuis le début de l'aventure).


Nous prenons le premier hôtel que nous trouvons et passons Noël à 4, "en famille" comme on dit, la grande famille des cyclos.


Cette ruée vers le sud nous a rapprochés et être ensemble pour cette fête nous conforte un peu. Nous accueillons même un 5eme cycliste qui vient du sud mais s'est fait rejeter à la frontière chinoise. Sa tête leur a pas plu. Merci, au revoir. Un belge qui habite Lamain à 15km de Lille, notre voisin pour ainsi dire! Le 26 décembre au matin, Fredrika prend la direction de Bangkok pour rejoindre ses parents et nous, nous faisons une bonne grasse mat' avant de découvrir le Laos.

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