Le pays qui cherche son ombre


Après une semaine d'immobilisme forcé, à la diète de kilomètres, nous nous jetons sur l'asphalte cambodgien comme un boulimique à qui l'on ouvre le frigo. Sauf que le Cambodge, c'est tout sauf un frigo!


Pour ne pas avaler les kilomètres trop vite, nous faisons de loooongues pauses dans les rares coin d'ombres que nous trouvons. Levés à l'aube, nous roulons jusqu'à ce que le thermomètre atteigne les 45 degrés et nous cherchons un restaurant (ou ce qui s'y apparente le plus) où l'on nous tolèrera pour les 3 à 4 prochaines heures. Nous finissons la journée en faisant des tranches de 10 à 20km en allant de stands de jus de canne en stands de noix de cocos.


Ces boissons fraîches sont un miracle car, en campagne, personne n'a de frigo. Tout est stocké dans des glacières pleines de glace. Le froid est "conservé" par des pains de glace livrés chaque jour par un camion non réfrigéré qui doit livrer plus vite que sa glace ne fond dans le coffre. Tout ça c'est quand on a eu de l'argent... Parce qu'après la précipitation de la frontière, il s'est écoulé 24h avant de trouver de la monnaie locale... En fait de monnaie locale, il y en a deux: le Riel qui a cours partout en campagne et le, de façon assez surprenante pour nous, le dollar qui fait sa loi partout à l'approche du tourisme. Avec notre carte d'étranger, nous ne pouvons retirer que des dollars (en laissant une part à notre banque ET 5$ à la banque du distributeur) puis aller au bureau de change qui applique le taux qu'il veut vu qu'il n'a pas de concurrent alentour... C'est toujours une joie de comprendre ce genre de spécificités locales sans notice explicative. Le Cambodge, c'est plat! Très plat. En fait ça doit sûrement être du au fait que c'est en permanence écrasé par le soleil! Et il ne fait pas semblant le bougre! Nous pensions avoir eu chaud avant, nous découvrons ce que "chaleur écrasante" veut dire. Jusque dans les nuits où nous dormons systématiquement sans le toit de tente, il n'y a ni brise ni rosée pour nous rafraîchir. Dormir nous fait transpirer. Dire que cette semaine là, il a neigé à Lille...


Nous découvrons que nous pouvons boire bien plus au Cambodge qu'en plein désert de Gobi. Inutile pour autant de transporter les bouteilles, nous guettons les pompes à eau installées ça et là par des ONG où les locaux nous invitent à remplir nos bouteilles et s'amusent de nous voir pomper pour remplir leurs bidons. Cette eau nous est indispensable dans ce pays où l'ombre a disparu avec les forêts. Nous étions consternés au Vietnam, nous sommes désespérés ici. Nous croisons des feux en permanence laissant derrière eux des milliers d'hectares calcinés, des paysages désolés et privés d'ombre. Sur notre carte est indiquée une forêt avec une réserve de tigres sauvages. En réalité nous avons un grand champ de manioc (comme presque partout ici) et une route dont nous n'avons pas traces. Nous nous rendons compte sur un tard que la carte qu'Amélie transporte depuis le début (12 500km) date de 1997 et nous sommes dans un pays en pleine mutation depuis une vingtaine d'années.


On se doute alors qu'il n'y aura plus de tigre, ce qui ne veut pas dire plus d'animal sauvage! Quelques bruissements de feuilles un peu proches du campement d'un soir attirent notre oreille. Nous haussons la voix pour faire fuir l'importun mais rien n'y fait. Surpris par cette inhabituelle réaction nous braquons nos frontales : un bien trop long grand gros serpent se redresse, prêt à défendre son territoire. Il nous fait bien comprendre, qu'ici, l'importun, c'est nous, et pour la première fois nous changeons notre campement de place. Serpent 1, humain 0.

Au Laos, nous avions ralenti la cuisine. Il est tellement facile de trouver des plats à emporter,du riz cuit et surtout des montagnes de fruits. Au Vietnam nous avons complètement arrêtés devant la profusion et la variété de la street food. Partout il y a de la nourriture facile à emporter. Il en va de même au Cambodge même si la variété est réduite. Et semble t il la qualité.... Un soir comme beaucoup d'autres, nous faisons nos réserves à un marché pour le repas du soir ainsi que le plein de fruits pour le petit déj. La chaleur coupe l'appétit d'Amélie qui se contente de la salade et du riz. Kris ne se laisse pas abattre et avale le plat préparé aussi. Erreur fatale! Dès le lendemain les premiers symptômes d'indigestion apparaissent et empirent au fil de la journée. Après une nuit "compliquée" il se réveille avec 39 de fièvre et l'état second qui va avec. Nous sommes à 70km de Siam Reap où se trouve le prochain hôtel... 39 degrés à l'intérieur, 39 degrés à l'extérieur, voilà des conditions parfaite pour franchir notre 13 000ème kilomètre!


Nous arrivons cependant à Siam Reap, ville départ pour visiter les temples d'Angkor. Avant de partir, nous pensions à cette du voyage un peu comme à un univers lointain. Un endroit où nous arriveront peut être à condition que beaucoup de "si" s'enchaînent les uns après les autres avec à nos yeux une probabilité de réalisation qu'on ne voulait/pouvait pas vraiment calculer tellement c'était loin. Et maintenant nous y sommes! Ça nous fait revivre ces moments de projection voire de doutes et nous rend plus intense encore la satisfaction d'être arrivés ici à la force de nos mollets. Comme prévu la ville est vouée au tourisme et nous parlons en dollars uniquement. Le confort que cela apporte est parfait pour la convalescence de Kris mais, entre notre vie itinérante à travers les campagnes et nos caractères de sauvageons, nous craignons toujours un peu les lieux de tourisme massif. Deux jours de repos et nous attaquons enfin la découverte des temples d'Angkor. Nous choisissons le pass trois jours en espérant que le site vaille la peine. Nous en avons pour notre argent. Bien que les sites majeurs soient hyper fréquentés, y compris par les singes.

Nous trouvons quelques joyaux hors des circuits majeurs et passons trois jours à contempler ces palais déchus. Notre tentative de voir un coucher de soleil est un échec. Depuis le haut d'un temple c'est très joli mais trop fréquentés. nous en avons vu des tout aussi jolis depuis notre tente. Tous ces temples les uns à côtés des autres sont dus aux rois successifs imposants leur nouveau palais comme étant le nouveau centre de la ville. Nous essayons donc d'imaginer la vie grouillante autour de ces temples. Chose peu facile finalement car ce qui est remarquable sur tout le site c'est la place qu'à reprise la nature au milieu de toutes ces constructions humaine.




Après 135km en trois jours et la visite à pied d'une quinzaine de temple dont on ne comprend pas pourquoi les marches sont si nombreuses et si peu adaptées à des gens de moins de deux mètre cinquante, nous finissons par Angkor Wat. Le seul temple qui soit resté en activité et donc le mieux préservé.



Pour des histoire de dates de visa, nous ne devons rentrer en thailande que 5 jours après cette visite. Il y a 130km pour la frontière, plutôt que d'attendre sagement à l'hôtel que le temps passe, nous reprenons les vélos et faisons un crochet vers le sud pour temporiser. Franchement, ce n'est vraiment pas la meilleur idée que l'on ait eu. Le Cambodge ne nous livrera rien de plus intéressant à voir lors de cette boucle par contre Kris ne s'est apparemment pas assez reposé et, la chaleur aidant, il ne se remet pas complètement de sa maladie. Pour l'anecdote, nous recroisons Oliver, un allemand avec qui nous avions fait quelques étapes au Laos, en partant de Luang Prabang. Nous aurons ce soir là un de ces magnifique coucher de soleil cambodgien suivi de près par l'improbable playlist d'un de ces mariage ou d'un temple qui pollue nos nuits depuis bientôt trois mois. Il y a toujours une source de musique pour commencer à la nuit tombée.


Le Cambodge n'a pas été tendre avec nous mais pouvoir sortir de la nasse touristique grâce à nos vélos nous a permis de découvrir un peuple parmi les plus gentils et souriants que l'on ait croisés, bien au delà des clichés que nous en avions.




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