C'est plat, mais ça grimpe!


Nous sommes restés 6 jours à Vientiane. 6 jours de repos, de balades, d'apéros, de piscine... Et il a fallu nous faire violence pour quitter ce petit cocon familial qui nous a si bien accueilli. Un peu plus et Amélie postulait pour un poste à la représentation de la Commission européenne et l'on s'arrêtait là pour quelques temps... Mais le voyage a eu raison de nous, et aussi la perspective d'aller grimper à Thakhek, notre prochaine étape. Il fait tellement chaud que nous renvoyons nos affaires chaudes par la poste. Bye bye les duvets en plume, grosses doudounes et chaussures fermées! Ce sont 5kg que nous ne transporteront plus et aussi beaucoup de volume de gagné. On garde un duvet Quechua '15 degrés' que l'on ouvre en une couverture pour deux. Et donc évidemment : une vague de froid nous tombe dessus. On nous annonce 11°, on rigole un peu. Puis finalement après 3jours ça tombe entre 6 et 8° le soir, et bien sûr, il pleut.. Mais "nous", ce n'est pas que "nous deux" parce que nous n'avons plus d'affaires chaudes; ce sont tous les Laotiens qui n'ont pas d'affaires chaudes et qui ne comprennent pas ce qu'il se passe. Le vent est assez fort pour faire envoler les toitures en tôle ondulée et fait rentrer le froid à travers les murs des maisons qui ne sont que du bambou tressé. Personne n'a de chaussures fermées, les casques de moto servent de bonnets, les serviettes de toilettes servent de manteaux, les gens grelottent de froid et se regroupent autour de petits feux de bois improvisés un peu partout. Le Laos s'est transformé en un gigantesque camp de réfugiés que l'on traverse ahuris pendant que l'armée distribue des couvertures... Ce record de froid nous fait avancer car on ne veut pas trop s'arrêter et se refroidir, et puis, enfin, c'est plat! Pour dormir, nous enchaînons les paillotes bien à l'abri, aussi désertes que les champs alentours, et trouvons quelques petits joyaux qui n'apparaîtront fort heureusement jamais dans le guide Michelin.



Côté route, cette section de la route 13 entre Vientiane et Thakhek n'a rien de sexy et après quelques étapes, nous faisons un détour (encore!) pour éviter l'ennui qui nous guette. Ce détour nous fait rentrer dans un massif calcaire pas très haut mais richement ciselé. Mark, un cycliste australien rencontré à Vientiane, nous a parlé des "Konglor cave" que nous pourrions peut être traverser avec nos vélos. Un pari qui nous coûterait 90km aller-retour si ça ne passe pas! C'est pourtant ce qui nous motive à passer par cette route malgré l'envie qui nous tient d'arriver à Thakhek.


La grotte de Konglor, c'est la plus longue rivière sous-terrainne navigable connue. Une grotte de 7km de long où les touristes arrivent, prennent une pirogue, passent de l'autre côté, constatent qu'effectivement on peut traverser la montagne et la retraversent pour repartir par là où ils sont venus. Nous, nous arrivons à la caisse et on agace un peu le guichetier en disant qu'on ne paie pas le ticket de parking puisque nos vélos embarquent avec nous. "Hein? Quoi?" (Traduction exacte de son expression laotienne bien sûr). A la seconde caisse, celle du loueur de bateaux, le gars nous regarde en plusieurs fois pour être sur qu'il a bien saisi notre demande, rigole un coup et annonce qu'il faudra un bateau par vélo. C'est donc avec chacun sa pirogue que nous traversons crânement la grotte sous le regard perplexe des piroguiers et le regard envieux du groupe de touristes arrivés à moto et qui auraient bien continué le chemin au lieu de le rebrousser. C'est nous qui partons dans la brousse! Outre l'excitation d'avoir réussi notre pari et fait traverser nos vélos sur des bateaux, l'expérience vaut sacrément le coût.


La grotte est immense, les piroguiers gèrent vraiment bien leur affaire car nous naviguons à la maigre lueur de nos frontales, des rochers affleurent de partout, l'eau est peu profonde et, bien sûr, c'est très sinueux. Une promenade incroyable qui débouche sur une petite route de terre ravissante. Encore une fois nous comprenons très vite qu'ici, le tourisme, ça n'existe pas vraiment. Nos moments préférés, bien que souvent les plus galères. Nous roulons dans une vallée au fond plat. Comment dire... Imaginez une plaine bien plate comme un plateau de four, et dessus il y a des cannelés (hmm). Cela crée des "vallées à fond plat" avec des collines mais sans pentes : il n'y a que des falaises, le bonheur. Ici, les cannelés sont en calcaire et mesurent 150m de haut en moyenne. On en prend plein les yeux!


Après 3 jours dans ce petit paradis, il faut en sortir, et ce n'est pas aisé. On galère l'espace d'une demi-journée à pousser nos vélos, certes moins lourds, mais dans une longue côte boueuse, pour retrouver l'asphalte et surtout un marché. Nous dévalisons le premier que nous croisons : deux jours sans assouvir notre nouvelle dépendance au riz gluant, la base alimentaire laotienne, et aux beignets à la banane!


Nous fêtons nos 11 000km en atteignant un objectif repéré depuis avant le départ : la Green climbers home, LE spot de grimpe de l'Asie du sud-est.

Arrivés à 11h30, Kris est sur les parois à 14h. Il n'aura pas fallu longtemps pour trouver un partenaire et du matériel de grimpe. Dès le lendemain, avec Daniel, un Américain qui travaille en Chine, nous faisons un multipitch de 130m qui nous offre une vue incroyable sur la vallée... Ainsi qu'une rasade de "whisky Lao"(une sorte de rhum en fait).

Le soir même, au camp de base, nous retrouvons avec grand plaisir Liam et Portia, le couple de grimpeurs qui vient d'Alaska et qu'on avait rencontrés à Vang Vieng. À cette équipe se joint Anne, une flamande de Brugge qui voyage à vélo elle aussi et fait une pause grimpe... Et nous voilà 6! Un très bon nombre pour grimper d'ailleurs.


Pour décrire brièvement le site, le groupe d'Allemands à l'origine du projet a construit un camp de base à l'entrée d'une belle vallée que l'on traverse en 25 minutes à pied dans la longueur et 10 dans la largeur. Il n'y a presque que les grimpeurs qui se servent de cet endroit. Il y a des bungalows a louer et un coin pour les tentes ainsi que deux "lounge" au style laotien avec coussins et tables basse. Les cuistots sont des locaux et la cuisine est délicieuse. Rien que pour le repos qu'on y trouve ce lieu vaut le détour. Pour autant, avec ce qu'il y a autour, aucun grimpeur n'est capable de rester apprécier les succulents lassis.

Des falaises calcaire pleines de tuffas, stalactites et concressions typiques de cette roche. Des grosses prises, souvent en dévers, donnant un style de grimpe très athlétique. Un petit paradis ou l'on trouve quasi tous les sortes de profils dont un toit de 25 à 30m d'avancée hyper horizontal dont le niveau est très raisonnable pour la configuration (ticket d'entrée à 6b+ et la majorité des voies en dessous du 7c). Et les dégaines sont à demeure! Traduction pour les néophyte : un terrain de jeu incroyable ou l'on peut se lancer dans des niveaux inconsidérés sans risquer de laisser du matériel sur le mur.

Kris s'est fait quelques bons plaisir et contre toute attente garde de bons restes malgré 8 mois sans entraînement (trois 7a à vue!). Amélie, de son côté, profite de rencontrer des grimpeuses et travaille son mental comme jamais en enchainant les ouvertures aussi. La grimpe reste une passion et nous pourrions raconter ces voies pendant longtemps...


Nous partons au bout de 5 jours, le moral à fond et les corps lessivés. Heureusement la route est toujours plate! Un compromis extraordinaire que cette région où l'on a un paysage digne des zones pré-montagneuses et un profil de route pas plus dur qu'une promenade en baie de Somme. Le temps, qui s'était adouci, n'est toujours pas de la partie et le vent est contre nous sur la route qui nous mène au Viêtnam. Nous y avons déjà un aperçu de la conduite vietnamienne... C'est peu engageant. Après une dernière nuit dans ces paysages incroyables où il n'y a pas de cotes mais pourtant ça grimpe, apparaissent les montagnes qui forment la frontière naturelle entre le Laos et le Vietnam. Pas grand chose en fait. Quelques 17km de montée pas trop raide et nous voilà devant le poste frontière le plus... Enfin le moins.... On sent que c'est pas un poste frontière très usité. Et heureusement, car l'organisation serait alors très vite saturée. Nous changeons nos Kips pour des Dongs et redevenons multimillionnaires d'une monnaie dont on ne connaît pas le cours. Le temps ne nous fait pas un accueil très chaleureux. Un bon crachin tombe du ciel. Nous fermons la page du Laos avec un pincement aucœur. À nous les plages de sable blanc!




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