Hors série : notre experience de la Chine

Nous avions un visa de deux mois pour traverser la Chine. Nous pensions que ce serait suffisant pour découvrir un peu cet immense pays et c'était déjà y consacrer plus de temps que pour n'importe quel autre pays. Finalement nous y sommes restés presque 3 mois et nous y consacrons cet article "hors série" histoire d'ajouter notre expérience à tout ce que l'on a pu entendre et lire sur la Chine. Il n'y aura ici que des ressentis personnels et des interprétations. N'oubliez pas que ce n'est que ce qu'on a cru comprendre à travers la barrière de la langue. Ça vaut ce que ça vaut et c'est notre histoire de la Chine.

Elle commence à Oulaan baator (c'est en Mongolie, oui on sait) avec Tulga qui nous a accueillis deux jours et nous a expliqué ceci : l'écriture chinoise est composée d'enoooooormément d'idéogrammes et juste pour lire le journal, il faut en connaître plus d'un millier, on dit même environ 2500... Rien à voir avec notre alphabet qui assemble des lettres pour former des mots. Nous apprenons des logiques de lecture pour lire un mot, les chinois utilisent leur mémoire. Toute l'éducation repose sur la mémorisation de ces signes et, ainsi, les chinois seraient plutôt très forts pour retenir des choses et moins enclins à la logique, pour dire les choses simplement. Théorie pleine de zones d'ombre mais c'est une explication intéressante. Toujours est-il que quasiment tous les Chinois savent lire et que, quand on ne comprend pas ce qu'ils nous disent, bien souvent ils pensent que c'est un problème de compréhension orale et nous écrivent leur propos sur un bout de papier. Ce qui n'aide en rien car nous, on n'a retenu que quelques idéogrammes à base de 'le petit bonhomme avec la lance' : attention; ´la flamme devant une flasque à moitié pleine' : alcool... Bref, nous, on n'a rien retenu. Et beaucoup d'occidentaux qui savent pourtant parler le Chinois ont du mal à le lire.


A l'échelle de ce que nous ressentons au quotidien, la Chine est un État fermé. Le simple fait de vouloir se connecter à internet le rappelle. Ici ce n'est pas Google et Facebook qui connaissent tous nos faits et gestes mais Baïdu. C'est leur équivalent en Chine et c'est contrôlé par l'Etat. Les frontières aussi sont plus fermées, le visa plus difficile à obtenir, le passage de frontière en lui-même plus contrôlé. De l'extérieur ça paraît étrange, mais vu de l'intérieur, ça n'est plus choquant, surtout au vu d l'immensité du pays et la richesse de sa culture, c'est comme entrer en Europe et circuler librement après. Enfin, librement, on est pris en photo sur presque toutes les routes... Mais comme la Chine est protectrice, au lieu de laisser entrer en masse les produits "occidentaux", leurs marques et slogans que l'on retrouve dans le monde entier, ils copient ces produits mais à leur façon. Cette ouverture contrôlée du pays à un impact sur la "modernité" à la chinoise qui suit le même chemin que la mondialisation mais en passant sous les fourches caudines de la culture chinoise. Bon, ils ont des i-phones partout et les nombreuses mégalopoles ont toutes les marques internationales de luxe, mais pour le reste, beaucoup de produits semblent être "chinois" même s'ils ressemblent un peu à ce qu'on connaît. Et c'est parfois déroutant. Dans tous les cas, quand nous parlons de culture chinoise, c'est de la culture Han, qui a fait comme n'importe quelle autre culture dominante : elle a écrasé les peuples minoritaires pour imposer sa façon de penser. Pas plus ni moins que la France avec la Bretagne et autres cultures locales en gros. Ce qui est très étrange, c'est qu'après avoir réprimé et occulté ces cultures traditionnelles des minorités, comme les tibétains mais il y en a bien d'autres, ils les ont "ravivées" au profit d'un tourisme massif hallucinant. Et là où les femmes portant des coiffes traditionnelles sont discriminées, des tours operators organisent des circuits "culturels" dans des rues entièrement refaites, avec des guides déguisés et des marchands de souvenirs à chaque coin de rue. Comme partout penserez-vous, mais la Chine fait très fort, jusqu'au kitsch, et sans limite pour le sacrosaint profit touristique. Car pour un pays dit "communiste", il y a des fois où l'on a bien ri mais plus souvent pleuré. Mais ça c'est le cas de tous les ex-pays communistes que nous avons traversés, où, au culte du parti unique s'est ajouté celui du profit. Pour nous, le fort contrôle étatique se fait sentir aussi au niveau des hôtels. En Chine, les étrangers (ie. les blancs) ont des hôtels spécifiques. Et ils coûtent bien plus chers! Car il faut obtenir une autorisation d'accueil des étrangers, qui a un coût bien sûr, et qui se répercute largement dur le touriste. Mais si un hôtel se faisait attraper avec des blancs sans autorisation ce serait l'amende direct... Et cela donne des situations burlesques où l'on entre dans un hôtel pour demander le gîte et le tenancier répond "non non, il n'y a pas de chambre ici"... Et quand, loin des villes où la règle est moins strictement appliquée, on peut dormir dans un hôtel classique, même super chic il est bieeen moins cher. Idem pour l'essence. Pas d'essence si tu n'as pas un véhicule autorisé par les autorités. Donc avec nos vélos c'est "Méiyǒu = y'a pas".Nous pourrions vouloir nous asperger d'essence et nous immoler au milieu d'une place publique peut être... Alors que les personnes possédant une voiture ne font pas cela. Heureusement pour nous, loin des villes encore une fois, ces principes sont moins bien appliqués, on arrive à avoir de l'essence en prenant nous-même le pistolet et on promet d'être discret en sortant de l'hôtel...


À Pékin, nous avons rencontré quelques chinois anglophones et des expats informés qui nous ont expliqué un peu le "Big Plan" de la Chine qui serait d'avoir 70% de la population en ville comme tous les pays industrialisés. Pour cela il y a des règles qui interdisent aux gens de la ville d'aller acheter une maison à la campagne et un Chinois ne peut acheter que dans la région où il est né (sauf pour les pékinois apparemment). Enfin, quand on dit acheter, ce sont des achats pour 70 ans uniquement. Sauf que ça ne fait que 40 ans que ce système est en place, personne ne sait vraiment ce qu'il se passe au bout des 70 ans... Cette volonté d'urbanisme se traduit aussi par l'apparition en nombre de buildings immenses et déserts. Au milieu des villes se dressent des tours qui paraissent abandonnées sitôt terminées car elles sont en attente de cette migration disons 'stimulée'. Il y aurait d'ailleurs eu une bulle spéculative sur la construction de ces immeubles, à tel point que même au coeur de Pékin, d'immenses buildings en construction sont abandonnés, en attente du niveau de rentabilité annoncé... Et c'est franchement glauque.


Heureusement pour nous, toutes ces grandes idées étatiques ne nous sautent pas au visage en permanence. Nos préoccupations quotidiennes en tant que cyclistes sont plutôt du genre : trouver de la nourriture et un coin pour poser la tente. Et côté nourriture la Chine est une merveille! Nous avons la chance de beaucoup aimer le riz, certes, mais les plats de légumes et de viande sont excellents. La cuisine au wok est ultra rapide et les légumes sont saisis avec du grad plus que mijotés ou autre chose. Le piment est omniprésent et nous avons découvert le poivre du Sichuan. Une épice qui crée une espèce d'anesthésie buccale. La première fois nous avons cru à une réaction allergique. Par la suite, nous avons espère en retrouver chaque jour, c'est très bon quand on s'y attend. Kris s'est également découvert une réaction étrange au piment. Élevé dans la culture culinaire du nord de la France, jamais le piment n'a fait parti de son alimentation. C'est donc avec courage qu'il a abordé la cuisine chinoise et a pleuré abondamment lors des repas des premières semaines. Seul reste maintenant cette étrange réaction qui n'arrive que lors d'une ingestion d'un bout de piment frais dans un plat : il attrape un hoquet très fort et très bruyant qu'il a un mal fou à calmer. Ça fait généralement rire d'abord route la table puis tout le restaurant... Souvent lorsque nous voulons passer commande, nous nous trouvons à passer dans les cuisines pour pointer du doigt ce que l'on souhaite voir dans nos plats. C'est plus facile que d'essayer de retenir les idéogrammes pour lire le menu, même si on fait de gros efforts. Et c'est dans ces moments-là que l'on constate que l'on risque les soucis intestinaux. Les cuisines chinoises ne sont pas aussi propres que ce que nous connaissons. Les clients peuvent y aller à leur guise, la clope au bec, et le cuistot, qui peut lui aussi fumer, se contente de passer la poêle sous l'eau et d'éteindre le gaz quand il finit son service. Et vu combien leurs plats sont gras, on vous laisse imaginer la couche de graisse partout... Pourtant, les seules fois où c'était mauvais furent quand nous sommes rentrés dans des restos genre fast food. Pour ce qui est du camping sauvage que nous pratiquons depuis le début du voyage, eh bien c'est comme partout ailleurs finalement. Certes,nous avons évité les régions urbanisées, ça aide un peu pour trouver des endroits où poser notre tente pour une nuit! Mais on nous avait annoncé que ce serait vraiment difficile de camper tranquille et finalement, c'est plus facile qu'en Hollande! Une seule fois nous nous sommes fait prendre par la nuit et avons fini à l'hotel, faute d'un bon endroit. Il faut aussi citer le Yunnan où le sol horizontal est tellement rare qu'il est créé sous forme de champs en plateaux par exemple. Pourtant même lorsque nous y cherchions un camp pour 3 tentes nous avons trouvé. Pour l'anecdote, la police est venue une seule fois nous trouver et finalement ça s'est révélé être pour savoir si nous avions besoin d'aide parce que ça leur paraissait bizarre de dormir en tente pour des étrangers...

Et si finalement il fallait plus de points négatifs à notre vision de la Chine, il y aurait le sacrosaint plastique que l'on trouve partout comme ailleurs mais qui finit par brûler en petits tas le long des routes. Il y aurait aussi la terrible pollution des grandes villes dont Pékin qui nous a accueilli sous un grand ciel bleu pour pour mieux nous asphyxier une semaine après avec un taux de pollution 7 fois supérieur au seuil d'alerte européen...

Et puis pour nous, cyclos, il y a la façon de conduire au Klaxon. Ici on klaxonne pour exister. Comme personne ne regarde dans son rétro (un quoi?!), dès qu'on fait une manœuvre, il faut klaxonner pour se signaler aux autres et exister. Pouêt je te double; Pouêt je suis de l'autre côté du virage; Pouêt je traverse; Pouêt je suis de l'autre côté de la route au cas où tu ne l'aurais pas vu; Pouêt je te dis bonjour.... Pas facile d'exprimer autant de choses différentes avec un seul son, plus ou moins bruyant d'ailleurs. Mais quand on voit un camion où un bus dans notre rétro, on se bouche l'oreille... N'empêche, les routes chinoises sont parmi les plus impeccables sur lesquelles nous avons roulé, et ça, ça change de la Russie...


Et puis, si notre histoire n'est pas celle que d'autres racontent, c'est aussi parce que la Chine c'est monstrueusement énorme. Rien que sur notre itinéraire, nous avons eu l'impression de traverser 4 pays différents, bien distincts les uns des autres par rapport à l'habitat, le climat, les habits et les gens eux-mêmes. Et surtout, comme beaucoup de touristes, nous avons eu l'impression de voyager dans un monde à part. Un monde qui, quand on n'arrive plus à le comprendre, nous amène à nous dire : "c'est normal, c'est la Chine!"


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