Un final en beauté

Nous ne pédalerons plus vraiment maintenant. Mis à part la centaine de kilomètres qui sépare Bruxelles (où nous atterrissons) de Lille (la vraie fin du voyage). Nous voulons faire ces derniers kilomètres en selle, histoire de boucler la boucle. En attendant, nous sommes débarqués sur une île paradisiaque bien que livrée au tourisme de masse.


Prison d'état, puis propriété royale, cette île à été cédée à de "grandes familles" il y a vingt ans pour l'exploitation touristique. La famille Ban's détient à ce titre toute une série de commerces dont un gros resort et l'école de plongée qui délivre le plus de certifications PADI au monde. C'est une grosse machine bien huilée où trois personnes se sont succédées pour nous vendre leurs cours et finir de nous convaincre en proposant des réductions tarifaires. Nous nous inscrivons pour nos premiers cours le soir même. Nous seront 4 étudiants pour 3 formateurs. Un cours tout confort! Nous feront 4 plongées en deux jours, alternées avec de la théorie et nous voilà certifiés "open water".


Cette découverte du monde sub-aquatique nous a tout juste mis l'eau à la bouche et nous en voulons déjà plus. Sans réfléchir bien longtemps, nous nous engageons à faire le niveau suivant en prenant quelques jours d'ici-là pour découvrir l'île. L'école de plongée est sur le côté très touristique de l'île. De l'autre côté il y a quelques baies réputées pour leur calme et la beauté de la côte. Nous prenons les vélos sans les sacoches que nous laissons chez Ban's et mesurons la chance que nous avons eu de ne pas avoir voulu traverser l'île avec notre chargement. Koh Tao est un pic granitique d'origine volcanique. Cela lui confère une topographie très très raide, mais vraiment très très raide.


Des côtes qu'on ne peut pas monter sans pousser les vélos et des descentes tellement dangereuses que l'on se fait mal aux doigts à serrer les freins. Dans la première baie, à Aow Luk, nous avons une impression de petit paradis. Palmiers, sable blanc, mer turquoise, l'eau est transparente et nous permet de découvrir les joies du snorkling.



On passe 1h30 dans l'eau sans s'en rendre compte et on ressort avec de jolis coups de soleils! On recommence l'après midi (un peu plus couverts!) et surprise, nous nageons avec une quinzaine de requins! Bon d'accord, ils sont gros comme nos mollets, ce sont de bébés requins à pointe noire, mais on n'y serait peut être pas allé s'ils étaient adultes... Nous changeons de baie. À Tanote Bay on nous a indiqué un rocher où l'on peut grimper au dessus de l'eau. Le rocher en question se révélera assez décevant, voir plutôt coupant et un peu dangereux. Parfait par contre pour sauter dans l'eau de 7m de haut! Dans cette baie, nous louerons un petit bungalow pour 500bath (12€) qui donne sur la plage, face à la mer. Quasi les pieds dans l'eau, un peu le rêve que l'on se fait des îles thaïlandaises.



Le changement de baie suivant est assez difficile. Dans un chemin rocailleux, Kris réussi à casser sa selle... Nous finirons à pied! C'est presque mieux. Dans cette dernière baie, pas de sable. La montagne se jette droit dans la mer et quelques paillotes sont posées sur les rochers au dessus de l'eau. Encore une fois pour une somme plus que correcte nous avons un bungalow avec une super vue. Nous sommes presque seuls dans le resort. Notre bonheur est quasiment palpable tellement il est grand, nous nous répétons régulièrement combien nous avons de la chance d'être sur cette île et puis nous prenons masques et tubas pour une visite sous marine!



En plus d'être transparente, l'eau est à 30 degrés. On peut y passer des heures sans soucis et c'est un peu ce que nous faisons. La vie sous-marine est fascinante à découvrir (surtout par ici, ça reste un des meilleurs spots mondiaux...). Riches des enseignements de l'open water, nous pouvons nommer et distinguer ce que nous voyons et chanceux comme nous sommes, après les requins, nous voyons passer une tortue! Pour observer la vie sous-marine, un tuba suffit largement. Les bouteilles d'air servent à autre chose.





Le second niveau de plongée consiste en 5 plongées : découverte d'épave, flottabilité, plongée de nuit, plongée profonde (30m) et orientation en autonomie sur un site. Et à chaque fois un plaisir renouvelé! Nous sommes sous le charme et rêvons à voix haute de ne plus quitter ce lieux. Ce serait tellement tentant de passer quelques coups de fil pour expliquer qu'on ne rentre plus finalement. Déjà l'envie de prolonger le voyage à vélo était forte, mais l'envie de prolonger des vacances au paradis est très tentante aussi!

Mais il est temps à présent. Nous le faisons parce que nous avions dit dans une vie qui nous paraît lointaine que nous allions le faire. Nous rentrons. Au programme : une nuit de bateau, une nuit de train, trois jours sur Bangkok puis 16h d'avion (avec escale à Kiev). Autant dire rien du tout comparé aux 10 mois qu'il nous aura fallu pour arriver jusqu'ici.

Cette route retour sera égayée par la fête de Songkran (le nouvel an thaïlandais). Le pays fête son passage en l'an 2060. La tradition veut que l'on s'asperge d'eau, quelques gouttes, pas plus, ainsi qu'une trace de talc faite aux doigts sur la joue. La fête consiste aujourd'hui plutôt à se lancer de grands sceaux d'eau (parfois celle des glaçons) dans la joie et l'allégresse. Les pick-ups mettent des piscines gonflables à l'arrière ainsi que 5 ou 6 personnes armées de gros pistolets à eau et circulent dans les rues pour arroser allègrement ceux qui préfèrent être devant chez eux armés de leur tuyau d'arrosage.


Des postes barrières vérifient que vous êtes biens tartinés de talc colorés et s'en assurent en en remettant une couche si nécessaire. Impossible d'échapper à l'arrosage. Au trempage en fait. Il faut juste le savoir et laisser tout ce qui craint l'eau à couvert. Toute la fête se passe dans la joie. Bien que l'arrosage et le tartinage soient des actes potentiellement intrusifs, jamais nous ne le ressentons comme tel. Beaucoup de gens demandent avant de passer à l'acte et c'est toujours fait délicatement, avec de bonnes intentions. Les enfants sont les plus heureux du monde : ils ont le droit d'arroser qui ils veulent avec leurs supers mégas pistolets à eau. Une chose notable à nos yeux de gens du Nord à tradition de carnaval c'est qu'il n'y a pas d'alcool ostensiblement visible dans cette fête. Les seuls saoulards que l'on ait vus dans cette fête furent des occidentaux à Bangkok.

Nous n'avions pas réalisé que pendant cette fête tout était fermé pendant une semaine. Nous pensions passer chez un tailleur, trouver des cartons pour les vélos et quelques autres choses. Finalement, nous avons trouvé une auberge spéciale pour cyclistes qui nous a fort heureusement fourni les cartons et nous ne visiteront pas énormément la ville. D'un côté nous n'aimons plus les grandes villes. Elles mettent en exergue trop d'injustices sociales quand les bidonvilles jouxtent les hôtels de luxe, nous y voyons un réel et urgent problème.


Et puis c'est toujours un peu la même chose. Des buildings, quelques monuments, un temple ou deux, un quartier à touristes qui vend les mêmes articles dans vingt cinq boutiques différentes et la maison du gars qui dirige le pays. Et d'un autre côté, nous aimons encore moins cette ville-là parce que c'est la fin pour nous. Nous voulons être un peu fainéants et profiter de la fin sans courir à travers cette ville immense. Les vélos rentrent dans les cartons, le taxi nous mène à l'aéroport. Nous sommes très stressés par l'enregistrement des bagages qui finalement se passe très bien.


Combien de plans avons nous échafaudés pour nous convaincre de prendre cet avion? Combien d'idées brassées pour se dire que l'on a des choses à faire après avoir retrouvé nos proches? Et pour en ajouter plus encore, nous rencontrons Tom à l'auberge. Environ 32-33ans, père d'une petite fille de 5 ans. À trois avec sa femme, ils viennent de passer neuf mois à vélo en Asie du Sud puis 3 mois en voiture en Australie. Sa fille et sa femme sont rentrés en avion, lui rentre à vélo. Il y a quelques pays qu'il n'a pas fait lors de son premier tour du monde et qu'il souhaite visiter. La tête pleine de souvenirs et de questions nous montons dans l'avion. Pour l'anecdote, nous avons profité du visa thaï le plus possible. Rentré dans le pays le 19 mars à l'ouverture des bureaux de douane, nous en sortons 30 jours plus tard, le 17avril à 23h30. Notre avion étant le 18 à 1h du matin, nous étions dans la zone internationale à l'expiration du visa... Tant de choses nous paraissent déjà tellement lointaines et pourtant c'était il y a quelques mois seulement. Nous avons l'impression d'avoir vécus ces dix mois à 100 à l'heure mais, soyons honnête, si déjà nous étions à 15 de moyenne, nous sommes content. Il est trop tôt pour dire ce que ce voyage aura changé en nous. Pour le moment, nous sommes juste heureux d'avoir suivi un rêve et de l'avoir mené au bout.

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